
Prix Goncourt 2023, « Veiller sur elle » de Jean-Baptiste Andrea a dépassé le million d’exemplaires vendus en France. Pietra d’Alba n’existe pas : ce village ligure au cœur du roman est une invention complète de l’auteur. Aucune carte italienne ne le mentionne, aucun GPS ne l’indique. Mimo, le sculpteur du roman, grandit dans un lieu que personne ne peut visiter : et pourtant, des milliers de lecteurs cherchent à s’y rendre.
Pietra d’Alba : un village fictif, pas un vrai lieu
Pietra d’Alba ne figure sur aucune carte de la région Ligurie. Jean-Baptiste Andrea a forgé ce nom à partir de deux mots italiens : pietra (pierre) et alba (aube), soit littéralement «la pierre de l’aube». Ce choix n’est pas anodin : la pierre est au cœur du roman, à travers le travail de sculpteur de Mimo.
Des lecteurs ont cherché sur des cartes en ligne, contacté des offices de tourisme italiens et fouillé des guides de Ligurie. Résultat identique à chaque fois : aucun village de ce nom n’existe entre Gênes et la frontière française. Jean-Baptiste Andrea l’a confirmé dans plusieurs interviews publiées après le Goncourt : le lieu est entièrement fictif.
Cette invention géographique délibérée est une technique narrative classique. Elle permet à l’auteur de modeler son décor sans contrainte réelle : pas besoin de respecter la topographie exacte ni l’architecture d’un vrai village. Pietra d’Alba est exactement le village dont le roman a besoin, ni plus ni moins.
Pourquoi Jean-Baptiste Andrea a-t-il inventé Pietra d’Alba ?
Jean-Baptiste Andrea, né en 1971, a grandi entre la France et l’Italie. Son attachement à la Ligurie et aux Apennins transparaît dans chaque page du roman. En inventant Pietra d’Alba, il s’est donné une liberté totale : celle de fondre plusieurs villages réels en un lieu idéal, taillé sur mesure pour son récit.
L’auteur voulait un village perché sur les hauteurs, entouré de carrières de pierre blanche, suffisamment isolé pour que Mimo y vive une enfance à l’écart du monde. Aucun village réel ne correspondait précisément à ce cahier des charges narratif. La fiction géographique était la seule solution cohérente.
Dans ses entretiens, Andrea évoque aussi une dimension symbolique. Pietra d’Alba incarne l’Italie profonde : celle des artisans, des familles nobles en déclin comme les Orsini, de la religion omniprésente. Un lieu réel aurait imposé des contraintes historiques qui auraient bridé le récit sur 80 ans d’histoire italienne.
Où Pietra d’Alba se situe-t-elle dans le roman ?
Dans le roman, Pietra d’Alba est décrite comme un petit village de Ligurie, dans l’arrière-pays montagneux, à l’écart de la côte. L’auteur la présente comme un village de carriers et de tailleurs de pierre, dominé par une basilique et par la villa de la famille Orsini. L’ensemble est posé sur un relief escarpé, entouré de forêts.
Mimo, enfant pauvre et prodige de la sculpture, y passe son enfance avant de quitter Pietra d’Alba pour Rome, puis pour d’autres villes italiennes. Le village reste un point d’ancrage émotionnel tout au long du roman, même quand les personnages s’en éloignent géographiquement pendant des décennies.
Andrea situe Pietra d’Alba à quelques heures de Gênes, sans préciser davantage. Cette imprécision volontaire renforce l’impression d’un lieu suspendu entre réalité et mythe : suffisamment crédible pour paraître réel, suffisamment flou pour rester entièrement libre.
Les vrais villages qui ressemblent à Pietra d’Alba
Si Pietra d’Alba n’existe pas, ses caractéristiques correspondent à des villages bien réels de Ligurie et des Apennins. Plusieurs communes ligures présentent des similitudes frappantes avec le décor décrit par Andrea, et les lecteurs du roman les reconnaissent immédiatement.
| Village réel | Région | Ce qu’il partage avec Pietra d’Alba |
|---|---|---|
| Dolceacqua | Ligurie | Village médiéval perché, pont roman, ambiance hors du temps |
| Apricale | Ligurie | Village en pierre sur les hauteurs, architecture ligure typique, peu touristique |
| Finalborgo | Ligurie | Centre historique en calcaire blanc, falaises et carrières proches |
| Balestrino | Ligurie | Village partiellement abandonné, atmosphère figée dans le temps |
| Pigna | Ligurie | Arrière-pays isolé, ambiance médiévale, chapelles ornées de fresques |
Parmi ces villages, Apricale et Dolceacqua reviennent le plus souvent dans les échanges de lecteurs. Leur architecture en pierre brute, leurs ruelles étroites et leur relatif isolement évoquent fidèlement l’atmosphère de Pietra d’Alba telle qu’Andrea la décrit. Finalborgo convainc ceux qu’attire la dimension des carrières de calcaire.

Un itinéraire de 3-4 jours sur les traces de Pietra d’Alba
Voici un programme concret pour s’immerger dans l’univers du roman, en partant de Sanremo ou de Gênes : les deux portes d’entrée les plus pratiques pour l’arrière-pays ligure. Avant de partir, vérifiez la validité de votre passeport pour l’Italie, les règles d’entrée ayant évolué en 2026.
- Jour 1 : Arrivée à Sanremo : base logistique idéale pour rayonner dans l’arrière-pays. Visitez le vieux Sanremo (la Pigna) pour vous acclimater à l’architecture en pierre ligure et au relief escarpé des ruelles.
- Jour 2 : Dolceacqua et Apricale : les deux villages les plus proches de l’atmosphère de Pietra d’Alba. Montez à pied dans Apricale tôt le matin, déjeunez dans une trattoria locale, puis rejoignez Dolceacqua pour l’après-midi et son célèbre pont.
- Jour 3 : Finalborgo et les falaises de Finale Ligure : le centre médiéval en calcaire blanc rappelle les carrières du roman. Les falaises alentour donnent une idée concrète du relief où Mimo travaillait la pierre dans son enfance.
- Jour 4 : Pigna ou Balestrino : pour les amateurs d’atmosphère plus sauvage. Balestrino, village partiellement abandonné, offre une beauté étrange et figée : exactement le genre de lieu hors du temps que décrit Andrea pour Pietra d’Alba.
Budget indicatif : comptez 60 à 90 euros par nuit en chambre d’hôte dans l’arrière-pays ligure en 2026, nettement moins cher que la côte. Les villages sont reliés par des routes de montagne étroites : une voiture de location est indispensable, les transports en commun ne desservant pas ces communes de façon régulière.
La Villa Orsini et la basilique San Giacomo existent-elles ?
Ces deux lieux emblématiques du roman partagent le même statut que Pietra d’Alba : ils sont fictifs. La Villa Orsini, demeure aristocratique de la famille dont Mimo devient le protégé, et la basilique San Giacomo, où repose la mystérieuse sculpture qui ouvre le roman, n’ont pas d’équivalent réel identifiable.
Le nom Orsini est en revanche bien réel : c’est l’une des grandes familles nobles italiennes, avec une présence historique avérée en Ligurie et dans le Latium. Andrea emprunte ce nom pour donner une crédibilité dynastique à ses personnages fictifs, ancrant le roman dans une noblesse italienne reconnaissable.
San Giacomo (Saint-Jacques) est une dédicace extrêmement courante dans les basiliques et chapelles ligures : ce qui renforce l’illusion de réel. Le lecteur a l’impression d’un lieu authentique parce que tous les éléments sonnent juste. Seule leur combinaison est inventée : c’est toute la force de la géographie romanesque d’Andrea.
Pourquoi ce village imaginaire fascine-t-il autant ?
Depuis le Prix Goncourt 2023, des groupes de lecteurs organisent des voyages en Ligurie «sur les traces de Pietra d’Alba». Des forums comparent des dizaines de villages candidats. Le phénomène est bien documenté : les lieux fictifs crédibles génèrent une fascination spécifique, différente de celle que produisent des décors réels.
Pietra d’Alba fonctionne parce qu’elle est construite avec des matériaux réels : une région existante, une architecture identifiable, des noms italiens authentiques, une histoire nationale vécue. Le lecteur projette instinctivement ce village sur la carte de Ligurie. Le fait qu’il n’y soit pas renforce le désir d’y aller, comme si le trouver était encore possible.
Cette mécanique du désir s’applique à d’autres géographies inventées. Certains lecteurs cherchent aussi des pays dont le nom commence par W après avoir lu des romans de géographie fictive : la même envie de rendre réel ce qui ne l’est pas. Pietra d’Alba s’inscrit dans cette longue tradition littéraire qui transforme un lieu imaginaire en destination de voyage bien réelle.
FAQ : Ce que vous vous demandez encore sur Pietra d’Alba
Pietra d’Alba est-elle basée sur un village précis ?
Non. Andrea s’est inspiré de plusieurs villages ligures à la fois, sans en choisir un seul comme modèle. Dolceacqua et Apricale sont les plus cités par les lecteurs, mais aucun n’est la «vraie» Pietra d’Alba.
Peut-on visiter un lieu officiel lié au roman en Italie ?
Il n’existe pas de lieu officiel. Des librairies de Sanremo et de Gênes organisent des balades littéraires thématiques depuis 2024, en s’appuyant sur les villages de l’arrière-pays ligure pour illustrer l’univers du roman.
Mimo est-il un personnage réel ?
Non. Mimo (Michelangelo Vitaliani) est un personnage entièrement fictif. L’auteur s’est inspiré de sculpteurs italiens du XXe siècle de façon générale, sans modèle direct ou biographique identifiable.
Que signifie exactement le nom Pietra d’Alba ?
«Pietra d’Alba» signifie «la pierre de l’aube» en italien. Ce nom condense les deux thèmes centraux du roman : la sculpture et le travail de la pierre d’un côté, le passage du temps et la lumière changeante de l’autre.



